« Grande Gidouille »
(2004)
Je verse sur la terre du tombeau, le lait, le
miel,
le vin, car c’est avec cela qu’on réjouit les morts…
Iphigénie in Euripide
A cette heure obscurcie par les volutes sombres d’une ignorance masquée du sourire laiteux de l’assurance,
Tenons écartés de nous les malentendus, les contrariétés et les objections qu’un esprit, incapable de produire la synthèse immédiate de l’intuition,
ou laisser produire devrais-je dire, ne manquerait pas de vomir à nos pieds…
Que la Gidouille maltraitée séant, exige le châtiment qu’il sied aux bouffres infatués, indisposant de leur (non-)savoir, l’organe
où siège le grand tout…
On ne sera en effet jamais assez déçu du défaut de crédit alloué à notre épicentre stomacal, dont
l’activité jugée manifestement à tort comme dérisoire -ce qui devrait déjà être en soi perçu comme une attitude provocatrice hautement dommageable à la connaissance profonde de notre être intime-
est, à l’opposé, ce précieux foyer, cette colline fertile, ce mont Olympe dissimulant à nos yeux bulleux tout juste déglutis du centre de la terre, les vérités secrètes, ce fonds commun à tous
atteignant dans le mythe, sa lumière révélatrice…
C’est de lui, de ses secousses fiévreuses, de ses spasmes convulsifs, que naît le jaillissement sismique débordant de nos dents…
N’est-il pas le premier atteint ?
Le premier averti,
Celui qui joue le signe avant-coureur…
A part moi : « N’y aurait-il pas là, l’odeur bien connue d’un brûlot sur la chair »
-C’est ici, en lui, que l’on cherche le signe
paroxystique,
Le démon accouplé au dieu…
Un satrape : « Sacrifice aux Dieux,
Sacrifice Odieux
Sacrifice haut dit eux
Sacrifice aux d’yeux »
Je parle, j’exprime, je saisis, je
vomis…
Voilà débusquée la graine infantile, le germe noiraud prisonnier de sa gangue, incarcéré dans son hospice dermique…
Le voilà arraché de sa nuit insondable, lavé des attouchements
filés qui emmaillotaient son éclat…Le Mythe…
Car le mythe est très certainement ce qu’il y a de plus primitif en nous, le dernier vestige de la semence primordiale qui porta la flamme vitale dans ce corps puant
que nous tentons vainement de camoufler sous d’épais artifices… Ce paquet informe d’os, de peau, de nerfs, de moelle, de chair, de sperme, de lymphe, de sang, de muqueuses flasques et roses, de
larmes, d’urine et de vent…
Or, je le répète, s’il existe un
lieu physique, un centre névralgique indubitable où cet éclat témoin de la lumière céleste est fiché, je le situerai, à n’en point douter, dans le ventre. Constat que vous avez déjà
expérimenté…
De la giberne, des sons immortels se
dispersent dans toutes les directions…Ni purs sons, ni simples évocations magiques, ce sont des paroles vivantes, et comme telles leur pouvoir surpasse largement le niveau mental. De cette
énergie de la parole éructée du fond de notre dedans, l’on doit non seulement saisir le sens, mais également ce que je nommerai les vibrations…
2004